Buttes-Chaumont
Eloge de l'anonimat

Ces personnages je les ai vu en rêve, ils ont pris forme par un reflet de lumière et je les ai reproduits sur la toile.
C’est par eux que tout a commencé.
Je leur ai construits des villes, des routes, des maisons, et je les ai regardé déambuler dans ces mondes chaotiques, gêné de les avoir mis en lumière alors qu’ils n’avaient rien demandé.

Ni homme, ni femme, ne possédant ni bras, ni jambes, ni visage, aucun signe distinctif. Je les ai vus évoluer dans des mondes mouvants, jouant à cache-cache avec notre regard, visibles et invisibles, vulnérables, symbolisant, en tout cas c’est impression que j’en ai, la grande impuissance de l’être humain aux prises avec un environnement et des systèmes sur lesquels il n’a à peu près, aucun moyen d’action.
Je me les représente comme des créatures simples dans un monde compliqué.

Depuis quelques années ils ont envahi les Buttes Chaumont.
Ils ont en réalité envahi la terre entière mais aux Buttes Chaumont j’y habite, alors j’ai eu l’occasion de les voir. Ils ne cherchent pas à se montrer. Ce qu’ils voudraient c’est passer sans se faire remarquer. Ils aiment être cachés, ils aiment être camouflés…
Ils sont l’anti Marilyn, l’anti Warhol, l’anti quart d’heure de célébrité.

Dans ce recueil je propose deux époques.
Celle des « nocturnes » 2018 qui correspondent à mon arrivé aux Buttes Chaumont et l’exposition Kind of Blue, 2020 monochrome bleus.


Profusion de couleur ou monochromie, dans tous les cas la couleur me semble un langage indépendant. Elle véhicule sans doute ce que mes personnages ne peuvent pas dire.
Et quoi de mieux que la couleur pour se camoufler, pour s’envelopper dedans.

J’ai toujours adoré Renoir.
Il disait souvent, qu’il ne fallait pas essayer de prêter des pensées à ses personnages. Qu’il essayait de les représenter dans des moments ou précisément ils ne pensaient pas. Des moments sans arrières pensées, des moments d’insouciance.

Il me semble qu’il y a quelque chose de similaire dans mes personnages. Non qu’ils soient dénués de sentiments, d’angoisse, de tensions, mais au moment où je les représente, je les imagine silencieux, paisible, détachés du désordre qui les entoure.
Ce que je trouve intéressant dans ces moments de sérénité c’est qu’ils ne vont pas durer.
Ce sont des moments fugitifs. Il y a quelque chose de paradoxale dans l’idée de figer sur une toile un moment fugitif. C’est comme si on cherchait à figer l’éphémère pour l’éternité.

Alors, laissons-les passer furtivement, sous la lumière du lampadaire, à côté des bancs, sous les grands arbres, dans ces moments entre deux, sans passé et sans avenir.
Laissons les anonymes, puisqu’ils sont bien comme ça.

Bio

Denis Gérablie est né en 1969 à Paris.
Diplômé en 1991 de l’école supérieure des arts et industries graphiques Estienne, son travail a été exposé pour la première fois en galerie à la fin des années 90. Fan de bandes dessinées depuis l’enfance, il se destine dans un premier temps à un métier de dessinateur avant de se tourner définitivement vers la peinture.
Peintre s’inscrivant dans le semi-figuratif, son imaginaire s’est nourrit tant de la ligne claire d’Hergé que du Street Art ou de la Nouvelle Figuration. Optimiste et onirique ses toiles sont le reflet d’une peinture où l’exaltation de la couleur est omniprésente.
En 2010 il ouvre la galerie Babel à Saint Germain des prés, où il expose ses propres œuvres. Ses créations aujourd’hui sont présentes dans de nombreuses collections à travers le monde, au Pays Bas, en Suisse, Australie, Italie, Espagne, Etats-Unis ou encore la Chine.
Il a fait plusieurs fresques dans les Hôpitaux de Paris : Hôpital Saint-Joseph, Hôpital
Lariboisière ainsi qu’à l’Hôpital Bichat.
L’artiste vit et travaille à Paris.

 

Denis Gérablie born in Paris in 1969. His paintings were exhibited in Parisian galleries for the first time in the late 1990s. Fan of Comics since his childhood, he started his career as a cartoonist, before turning himself to oil painting.
Semi-figurative, his universe fits in the clear line of Hergé, Street Art or New Figuration.
Dreamlike, his paintings reflect optimism and serendipity. Color is omnipresent, even in the monochrome series.
In 2010 the artist opened the Galerie Babel in central Paris – Saint Germain de Près. His work is exhibited in many collections around the world : Belgium, Switzerland, Australia, Italy, Spain, China and USA.
He signed various fresques in leading hospitals in Paris : Hôpital Saint-Joseph, Hôpital
Lariboisière l’Hôpital Bichat.
The artist lives and work in Paris.